Coupe du Monde d’aviron 2010 : épisode 3 : Lucerne : Victoire !

Et voilà ! Une semaine après Henley, encore de grands moments avec Christine et Julien. C’est notre 1ère victoire en Coupe du Monde ! Après 6 deuxièmes places, on savoure d’autant plus… Et les médailles c’est tellement plus joli en or.

Nous gagnons notre duel dans la course face aux anglais, qui nous ont battu deux fois à Munich et en quart de finale vendredi soir. C’est déjà un bon motif de satisfaction !

Gagner à Lucerne, au même titre que gagner à Henley, est aussi un fait rare dans une carrière de rameur. Cela fait 10 ans qu’un bateau français n’avait pas gagné ici ! Même si ce n’est jamais un objectif dans une saison, c’est toujours un bon point de passage, surtout quand tous les gros bateaux sont là comme cette année.

L’enchaînement des parcours depuis un mois a été très instructif. Quatre 2000m à Munich, trois au Creusot, trois à Henley (sur 2112m d’ailleurs) puis de nouveau quatre à Lucerne, soit 14 parcours en un mois, on peut dire qu’à l’échauffement, on sait à quoi s’attendre et qu’on commence à bien se connaitre. Nous avons franchi un palier dans l’approche  et la gestion des courses et j’espère ne jamais le repasser dans l’autre sens ! On voit aussi que notre gros travail hivernal nous permet d’encaisser plus de courses que ce que nous pensions possible. A méditer pour les autres années…

Les trois semaines à venir vont quand même être importantes pour la récupération et la reprise du travail de fond en vue des mondiaux. Nous sommes dans le vrai avec cette composition, notre façon de ramer et notre manière de fonctionner avec Christine, mais nous n’avons toujours pas de titre en grand championnat. A nous de tout optimiser jusqu’en Novembre pour rester au top !

Nous partons quinze jours en stage en altitude à Tignes début août avec Vélo et musculation au programme, avant de reprendre le bateau pendant une semaine à Belleçin (Jura). Ensuite nous irons chercher un titre européen au Portugal mi-septembre avant de partir pour la Nouvelle-Zélande pour tenter d’accrocher un titre mondial. Malgré nos bonnes performances du mois, tout reste à faire.

Je vous invite à regarder la vidéo de la finale de Lucerne ici, onglet 2010 World Cup 3, catégorie M2X

Vous pouvez aussi poser vos questions sur www.formspring.com/cberrest.

Coupe du Monde 2010 : épisode 2 : Munich, suite et fin

En demi-finale nous retrouvons les anglais, vainqueurs de leur série, les néo-zélandais avec un nouvel équipage et un bateau allemand avec deux jeunes prometteurs. C’est une course piège ou il ne faudra pas faire les mêmes erreurs que la veille. Nous nous battons en tête de la course avec les anglais jusqu’au 1000m où ils nous décrochent petit à petit. Derrière, ça chauffe pour les néo-z qui n’ont pas l’air super à l’aise techniquement, et se font déborder par les allemands et les tchèques. Nous contrôlons la fin de course sans chercher à attaquer les anglais, sans trop se relâcher pour ne pas se faire avoir par les allemands qui ont un finish impressionnant. Les sensations sont meilleures, et la cohésion avec Julien s’améliore avec les parcours.  En attaquant les anglais en finale ça peut passer  pour la gagne. Dans l’autre demie, les chinois, suisses, américains et slovènes se tirent une grosse bourre, reléguant ces derniers avec nos amis thèques de la série en finale B.

Pour la finale, le mot d’ordre est simple : attaquer, tenter et tant pis si ça casse. Le but est vraiment de profiter de cette course pour trouver nos limites. Nous partons d’entrée devant avec les anglais et les suisses, qui lâchent un peu dans le deuxième 500. Nous attaquons en lançant des séries et en repartant au 1000m. Premier constat : nos attaques fonctionnent puisque nous passons la pointe devant à 1100m. A ce moment de la course je suis persuadé que l’on va gagner, mais leur relance à 1400m les replace en tête. Ils conserveront la même avance jusqu’à l’arrivée. Les allemands portés par leur public et quelques vuvuzélas font encore une grosse fin de course et viennent chercher la médaille de bronze.

Nous sommes satisfaits de notre parcours, sans doute un des meilleurs que nous ayons fait en double depuis 2 ans. Avec un peu plus de cohésion technique, un stage terminal et en évitant de passer par les repêchages, nous battrons les anglais !

Coupe du Monde 2010 : épisode 2 : Munich

Ou les retrouvailles d’un vieux couple !

Munich. J’adore ce bassin. J’y ai beaucoup de bons souvenirs, avec mes premières courses internationales en junior et la médaille d’argent aux Mondiaux de 2007, et c’est toujours un plaisir de revenir courir dans cette piscine géante. L’impression est ici encore plus forte que sur les autres bassins artificiels, puisque l’eau est translucide et que l’on en voit le fond. Pour l’anecdote, celui-ci est entretenu par d’énormes poissons noirs qui mangent les algues, et qui croisent sous les bateaux…

Pas le temps cependant de trop s’attarder sur ces considérations halieutiques,  nous sommes venus pour  défier chez eux les champions du Monde allemands. Le défi a tourné court puisqu’ils sont forfait pour blessure. Les estoniens, 3èmes des mondiaux 2009 sont aussi absents pour blessure. Pas grave, on se consolera avec les anglais, larges vainqueurs de la première étape de la Coupe du Monde en Slovénie il y a 3 semaines.

C’est presque une opération commando puisque nous ne sommes que 2 bateaux français à courir à Munich, avec Maxime Goisset, le fier skiffeur franc comtois, le reste de l’équipe étant resté à Aiguebelette pour travailler. Christine Gossé pour l’entrainement, l’encadrement et la logistique et Christophe L. le kinésithérapeute et appui logistique indispensable, complètent cette équipe de choc. Nous n’avons pas été gâtés par la météo puisque nous n’avons pas vu le soleil depuis notre départ de…Vaires sur Marne, où la météo était déjà loin de ses standards du mois de juin… Au menu : vent très fort de mercredi à vendredi, avec en plat principal de la pluie samedi et dimanche.

C’est donc de vraies retrouvailles en double avec Julien après un hiver plus axé sur le travail en skiff, avec toutefois un petit changement puisque nous avons inversé nos positions dans le bateau. Cela fait un petit moment que l’idée nous trottait en tête sans que nous n’ayons réellement le temps de travailler dans ce sens. C’est une prise de risque de se présenter sur une Coupe du Monde dans une composition inédite, mais la saison étant longue, c’est aussi le bon moment d’essayer des choses. Nous pourrons toujours retourner à l’ancienne formule si les sensations ne sont pas au rendez-vous.

La  préparation s’est bien passée, nous avons fait beaucoup de travail de vitesse pour caler les appuis ensembles et les chronos sont encourageants. Nous apprenons encore et toujours! Le passage du quatre ou double nous avait déjà surpris par tous les ajustements nécessaires  alors que nous ramions déjà ensembles depuis 4 ans, et il faut encore tout recommencer en changeant de place…sauf que nous avons de l’expérience et des repères en plus.

Après un « petit » road trip entre Paris et Munich mercredi, nous attaquons les courses vendredi contre un plateau relevé dans des conditions météo délicates.

Nous maitrisons la course jusqu’au 1500m, avec des sensations moyennes et une certaine assurance de nos capacités. Nous relâchons l’effort un peu tôt, et les Tchèques (d’anciennes connaissances du quatre de couple) en profitent et nous sautent sur la ligne pour 3 centièmes…en nous condamnant aux repêchages l’après midi ! C’est une désillusion de se faire avoir comme des jeunes et de devoir recourir dans la journée !

Le sort s’acharnant un peu plus, nous tombons dans le repêch’ contre les slovènes,  l’autre gros bateau piégé dans la matinée. Nous remettons les pendules à l’heure en maitrisant la course, jusqu’au bout cette fois. Finalement, nous faisons un meilleur parcours que le matin, avec une meilleure cohésion technique, et cette course nous remonte le moral.

Récit à suivre….

Nous serons cette semaine à Toulouse pour la préparation des Championnats de France Bateaux Longs où nous courons en quatre de couple avec Jérôme Descazeaux et Matthieu Androdias pour défendre notre titre au Creusot !

Vice-Champion de France 2010

Les Championnats 2010 sont finis. Je rentre à Toulouse avec une médaille d’argent, très déçu d’avoir encore perdu mon duel avec Julien Bahain en finale, pour la troisième année de suite. Je ne suis pas satisfait de ma dernière course, je sais que je peux aller plus vite que ce que j’ai montré hier. Pas de place pour la moindre approximation face à un athlète du calibre de Julien et à sa détermination sans faille.

Le week-end de courses avait bien commencé avec de bonnes sensations sur la préparation terminale, confirmées sur  le parcours contre-la-montre, où je suis relativement proche de Julien (3 sec.) et loin devant les suivants (9 sec.). L’incident de parcours de Pierre-Jean Peltier qui dévie de sa trajectoire, tape une bouée, se retrouve dans l’eau et recommence son parcours a animé les discussions. Il l’a pris avec humour, a assuré sa place dans les qualifiés et assumé son erreur et les blagues qui vont avec. Comme c’est assez rare à notre niveau, il risque d’en entendre parler un petit bout de temps. Sa 8ème place le place dans la série de Julien, où ils se sont livrés à une petite explication sur le 1er 1000m, qui a tourné à l’avantage du futur champion de France.  Je remporte ma série sans forcer devant Sigmund Verstraete en mettant en place un gros premier 500m et un train économe.

Je remporte également ma demi-finale à l’économie devant Pierre-Jean et Benjamin Chabanet, en restant au contact dans le 1er 500 sans attaquer puis en plaçant une série au 500m et au 1000m pour creuser l’écart et le maintenir jusqu’à l’arrivée en baissant progressivement la cadence.

Je me sens en forme et j’attends la finale avec impatience et la confrontation avec Julien.

Je fais un bon départ en restant au contact de la pointe de Julien, mais je perds la course dans le 2eme 500m. Je relance dans la 2eme moitié du parcours mais je suis trop distancé pour voir si mes attaques sont utiles et si je regagne du terrain ou pas. Je finis la course en essayant de limiter l’écart. J’ai une sensation de travail mal fini, et la déception est grande de devoir attendre une année complète avant de pouvoir me battre à nouveau pour le titre.

Un petit mot sur Matthieu Androdias qui tombe à l’eau aux 800m pour sa première participation en finale. Je n’ai vu sa coque retournée que 200m après en jetant un coup d’oeil pour surveiller PJ. Sur le coup j’ai pensé qu’il avait du prendre une bouée avec le vent de travers, mais il m’a expliqué avoir tapé sa pelle dans un objet dur, en étant au milieu de sa ligne d’eau. Félicitations a lui d’être remonté dans le bateau pour finir la parcours. Je suis sûr qu’avec du travail et plus de confiance en lui il se battra vite pour les médailles. On est quelques uns à rêver d’un historique podium 100% Aviron Toulousain…(pas tous dans le même ordre, je sais)

Un point positif : je sens que j’ai pris un cran sur la technique et la glisse, et même si Julien est encore devant c’est du bon boulot de fait pour le double, je me sens plus stable dans la réalisation. A moi de continuer à travailler, notamment sur l’approche mentale, pour être là au bon moment et arrêter de tergiverser en course.

Pour la suite de la saison rien n’est encore officiel, j’aimerai bien faire une Coupe du Monde en skiff pour faire quelques parcours de plus avec un niveau plus élévé et arriver à m’exploiter autant qu’à l’ergo.

Bravo aux Champions de France 2010 et aux médaillés des autres catégories !

Championnat d’Europe d’ergomètre – Kettwig Euro Open – Jour 2

On était venu en Allemagne pour chercher de la concurrence, on l’a trouvée ! L’organisation et les médias allemands ont monté la sauce en un duel entre Karsten Brodowski et moi, suite à mon bon chrono en série… Je connais Karsten depuis nos belles années de junior : alors que je battais le record de France en 5’59.3, il battait le record du monde en 5’47 et des brouettes. 2m05 et 105kg, c’est un sacré morceau ! Sur l’eau par contre c’était une autre histoire, je l’ai toujours battu. Il a bien progressé depuis, puisqu’il est vice-champion du monde en 4X, et que son record perso à l’ergo est descendu à 5’40… Il a géré sa série hier en 5’52 (!) et se réservait pour aujourd’hui.

Autres qualifiés pour la finale : la nage du 4X allemand, Tim Bartels, Marcel Hacker le médaillé olympique et Champion du Monde en skiff, et les 4 du milieu du huit Champion du Monde. En ajoutant les 10 meilleurs moins de 23 ans, vous avez un plateau de départ de très haut niveau, et ça tombe bien c’est ce qu’on aime !

La stratégie de course était partir en tête, de m’accrocher le plus longtemps possible à Brodowski dans le 1000m du milieu et de voir si je pouvais encore le titiller dans le dernier 500. Il visait 5’42, et même si je ne m’interdis rien, je ne pense pas être en mesure de le faire, actuellement… Joyeuse coïncidence, les gentils organisateurs nous ont placé à côté.

Le gymnase était plein à craquer, et le speaker a mis une grosse ambiance avant le départ. J’ai fait le show dans les 200 premiers mètres en mode « j’affiche plus bas que toi », et j’ai pris une petite avance de 5/6m que j’ai gardé jusqu’au 1250m. Je voulais vraiment m’accrocher à lui sauf que c’est lui qui a calqué sa course sur moi, en me marquant à la culotte. J’ai tenté des attaques, il a toujours répondu, et dès que mon temps baissait un peu son coach le relançait…. ja voll, ja voll…

Finalement nous sommes rentrés ensemble dans le dernier 500, quelques mètres devant Grohmann, une belle boule de muscle. A ce moment là j’y croyais encore, même si je commençais à être sérieusement entamé. Je savais déjà que le chrono ne serait pas top au vu de mes temps de passage, mais seule la victoire comptait aujourd’hui, ma bonne perf’ d’hier validant mon travail hivernal.

Grohmann est parti comme une flèche, nous laissant sur place en moins de 10 coups. Ça ressemblait à un feu de paille, j’ai accéléré un peu, mais il a tenu jusqu’au bout et moi non. Karsten a bien essayé de repartir dans les 200 derniers mais n’a rien pu faire pour le rattraper. Je termine 3ème en 5’49.0. Grohmann s’impose en 5’46.9 et Brodowski suit en 5’47.2.  Avec mon chrono d’hier…

On le saura pour la prochaine fois, il suffit de passer dans les 10 le samedi et en garder le maximum pour la finale du dimanche, le risque étant de faire deux chronos moyens si ça va vite dès le samedi. Ça fait très mal de toute façon.

C’était vraiment une bonne expérience, nous avons croisé beaucoup de passionnés qui suivent nos parcours depuis l’étranger, des gens contents de nous voir venir défier les allemands (y compris le chef des équipes d’Allemagne qui a motivé ses troupes grâce à nous ! ).

Merci à Thierry Louvet et Concept2 France de nous avoir permis de nous frotter à la concurrence.

Merci à Boris et Concept2 Germany pour l’accueil et pour nous avoir mis dans d’excellentes conditions. Kettwig est vraiment une ville sympa.

Merci enfin à ceux qui m’ont envoyé des messages de soutien et aux français qui avaient fait le déplacement.

Rendez vous l’année prochaine à Coubertin pour l’Euro Open 2011 à Paris !

Vice-Champion du Monde 2009 !

Quelle course ! Encore un gros parcours cette saison, encore placés, pas encore gagnants… Les mauvaises langues diront « toujours pas » mais laissont les dire, ils n’ont pas tout à fair tort même si c’est déplacé.

Rapide résumé de la course : fort vent pour, gros départ des estoniens au couloir 1, nous sommes aune pointe devant les allemands, nos gros concurrents, et les néo-zélandais, candidats à la médaille. La cadence est élevée, encore à  39 au 750m. Nous n’arrivons pas à distancer les allemands comme nous aurions aimé, les estoniens tiennent le coup et les néozélandais sont légèrement décrochés. A partir du 1000m, les allemands attaquent fort et nous faisons quelques fautes techniques dans un bassin qui commence à être bien agité. Ils nous passent une pointe, au train, nous ne réagissons pas et perdons là le titre mondial. Sur le moment, on y croit toujours et on compte sur notre enlevage pour les repasser.  A l’entrée du dernier 500, les estoniens sont toujours devant nous et se battent pour ne pas craquer.  Le vent pour favorise ces techniques de départ canon/ résistance au retour des autres en raccourcissant le temps de course, et nous gêne dans notre enlevage. Le sprint final est dantesque. A 250m, nous sommes revenus sur les estoniens, et je suis convaincu que sur notre lancée nous serons devant à l’arrivée, je ne regarde plus de leur coté mais surveille (espère?) une défaillance des allemands ; il n’y en aura pas. Ils sont Champions du Monde 2009 80/100e devant nous,  nous passons finalement les estoniens sur le dernier coup comme prévu pour arracher une médaille d’argent pour 4/100e.

A la fois déçus et contents, physiquements ravagés, nous recevons notre médaille. Pas d’effusion de joie comme en 2007 ou 2008, nous savons que nous sommes passés un peu à côté. Nous avons beaucoup de mal à nous remettre de l’effort et à masquer notre déception aux journalistes. Les titres du lendemain s’en ressentiront…

Attention cependant à ne pas sous estimer cette performance, notamment par respect pour les bateaux qui finissent 4èmes. Nous pouvons être fiers de notre saison, et des médailles mondiales  nous n’en gagnerons pas des dizaines.

Merci Julien pour cette aventure qui n’en est qu’à son début.

Merci Christine pour tout ce que tu nous apportes.

Merci à vous pour votre soutien.

Je sais que nous sommes sur la bonne voie.

« Caramba, encore raté ! » 22 centièmes de seconde. 1,16m. Derrière.

BERREST BAHAIN podium lucerne

La découpe du programme pour la télévision fait que nous sommes la première course de l’après midi. On est décidés à faire le show et à sortir les spectateurs de leur torpeur digestive post würst. Le bassin est parfait, l’échauffement s’est bien passé, nous sommes prêts !

Les anglais ont préféré s’abstenir pour « raisons médicales »… un peu frileux ? Ils ont enchainé plus de courses que nous cette saison et doivent être émoussés. On se méfiera quand même d’eux cet été.

GO !

Ça part vite, tout le monde est à fond, personne ne veut rater le bon wagon. Nous sommes dans le paquet, peut être très légèrement devant. Interdit de tourner la tête. Pousser encore. Nous ne répétons pas nos erreurs de la série et de la demi et relançons aux 250, 500, 750 et 1000m. Et cela nous sert seulement à rester au contact ! Le bord à bord est intense, personne n’arrive à prendre l’avantage. Jamais plus d’une seconde entre les 5 bateaux, jamais le même devant plus de 250m !

Citation de tonton, il y a quelques années : « en senior, la course commence le dimanche au 1000m »

On y est, c’est parti ! A droite, les slovènes craquent, à gauche, les allemands attaquent.  On passe devant le parc à bateaux. Sur la plupart des bassins, il est à l’arrivée, près des tribunes, et le brouhaha des spectateurs ne commence qu’a 300m de l’arrivée. Ici, on a des encouragements dès le 1000m. Il ne faut pas s’emballer ni se cramer trop tôt. On est à la ligne d’eau 2, près du parc. J’entends Christine : « LES BRAS Cédric, LES BRAS ! ha oui c’est vrai, enclencher les bras plus tôt.
On attaque, la cadence remonte – elle était descendue à 35,5…- la coque reprend de la vitesse. Ensuite, tout va très vite : 1250, 1500, 1750, les bouées rouges. On est à fond, cadence 41, j’aimerais pas être la barre de pieds, ni me coincer le doigt entre la rame et la dame de nage, comme on dit.
A gauche, rien de nouveau. Je n’ai toujours personne dans la vision périphérique et interdit de tourner la tête. Julien ne donne plus d’infos sur les positions, respirer est devenu prioritaire.  J’entends les allemands à coté, j’entrevois la pointe des NéoZ, j’espère que les estoniens ne sont pas devant.

« BIP BIP BIP BIP »

On passe la ligne. Un regard à gauche : tout le monde est encore là !
Personne ne lève les bras, personne ne rentre au parc à bateaux : personne ne sait.
La photo finish livre le verdict : 2èmes à 22centièmes des allemands et à 1 centième devant les estoniens. Les NéoZ sont loin, à 80 centièmes…

Ce n’est pas encore cette année que nous gagnerons Lucerne. C’est la troisième fois que nous échouons 2èmes à moins d’une seconde des premiers.  Rageant !
Quelques points de satisfaction quand même : nous faisons notre meilleure course de la saison dans un période de fatigue, après une série et une demi moyennes. Tous les prétendants au titre en double étaient là, et sont à notre portée. Nous avons couru la série avec des capteurs, dont les données vont nous permettre d’affiner réglages et technique sur le stage terminal.

D’ici là, je reste une journée pour profiter de Lucerne et des environs, puis je prends mes quartiers à Biarritz pour 10 jours, avec une base avancée à Bayonne pour l’entrainement. Objectif : arriver entrainé mais reposé en stage term’ et se sortir un peu la tête du bateau.

Jeux Méditerranéens 2009 : de l’or et une Marseillaise !

Jeux Med' 09 2X Bahain Berrest

Les Jeux Méditerranéens sont une version miniature des Jeux Olympiques, ouverts aux 24 nations ayant une côte sur la Mer Méditerranée. Ils sont organisés tous les 4 ans l’année suivant les JO d’été, et ont lieu cette année en Italie à Pescara sur les bords de l’Adriatique. Il y a une petite compet’ interne avec l’Italie pour la tête au classement des médailles… L’ambiance est olympique avec les même ingrédients : multisports, grand restaurant et village pour les athlètes.

Les épreuves d’aviron sont comme d’habitude loin du village olympique, sur le lac de Bomba aménagé pour l’occasion et sont réservées aux bateaux courts -skiff, double et deux sans barreur, poids légers et toutes catégories. La densité est moindre que sur une coupe du monde, mais on retrouve quelques gros équipages.

8 nations sont engagées en double, dont les italiens avec deux rameurs issus du quatre de couple vice-champion olympique, les slovènes avec Luka Spik, champion olympique et double champion du monde en double, les grecs et les égyptiens déjà croisés à Banyoles…

Nous gagnons la série devant les slovènes, en faisant un gros premier 750m pour rester à leur hauteur puis en attaquant au 1000m pour les faire craquer. La stratégie était de partir devant mais ils ont été plus rapides que prévu. Ils n’ont pas répondu à notre attaque du 1000, mais impossible de savoit si c’est par manque d’envie ou  de moyens…. Les italiens remportent leur manche et seront nos gros concurents pour le titre.

Grosse course en finale !

Les Slovènes ont joué l’intox en partant encore très rapidement. Nous nous y attendions, les consignes de course étaient de rester au contact et d’attaquer pour leur mettre la pression et de les faire exploser. Les italiens ne sont pas très bien parti et ne nous ont pas inquiétés du parcours. Nous passons 2èmes au 1000m derrière les slovènes, toujours à l’attaque, mais ils semblent plus en forme qu’en série ! Nous ramons à 36 de cadence au train, soit 2 coups de plus qu’à Banyoles pour compenser notre état de fatigue. Nous lançons des séries pour revenir à leur hauteur mais ils répondent et creusent l’écart pour rentrer avec 2 secondes d’avance dans le dernier 500. Il a fallu sortir le grand jeu, avec un bel enlevage, cadence 41 et coups raccourcis pour arriver à les passer dans le dernier 250m. On leur met 4 secondes sur la ligne, mais quelle fatigue !

Podium Jeux Med' 2X Berrest bahain

Petite cérémonie protocolaire devant un milier de personnes, une belle grosse médaille comme on les aime et des hôtesses en tenue traditionelle pour fêter notre première médaille d’or internationale. Première marseillaise aussi, forcément un peu émouvante…

Le team français du CNOSF avait fait le déplacement au complet, le Président Denis Masseglia en tête, suivi d’Alain Gelès le chef de mission, de Fabien canu le directeur de la POP et du Président de la Fédération Française d’Aviron. Ca fait plaisir de voir du monde sur un bassin d’aviron ! Ils ont eu du spectacle avec la victoire du double PL Dufour/Azou, les médailles d’argent du deux sans barreur Mortelette/Chardin et du double PL femme Simon/Morin et les deux médailles de bronze de Goisset en skiff PL et Rialet en skiff femme !

Beaux résultats d’ensemble et bonne ambiance dans cette équipe de France « réduite ». Nous avons fété -dignement- les médailles « à la française » c’est à dire au champagne avec le staff aviron puis avec le CNOSF.

On enchaine dès samedi pour la dernière étape de coupe de Monde à Lucerne. On va gérer la fatigue pour ne pas arriver trop cramés et pouvoir se battre pour la gagne !

Banyoles : la finale et une belle médaille…d’argent !

Podium Banyoles Berrest Bahain

Belle journée sur Banoyles pour la dernière course du week-end, décisive pour l’attribution des médailles et la fin du parcours de sélection pour l’équipe de France. La pression est forte depuis une semaine, mais nous nous sentons prêts. Depuis le stage au Portugal en Mars et l’installation dans notre nouveau bateau Empacher, nous enchainons les bonnes sorties. Les premières courses nous ont rassuré sur notre niveau actuel et notre potentiel à exploiter pour la suite de la saison. Il ne restait plus qu’a concrétiser nos ambitions par une victoire pour que notre projet démarre au mieux.

Nous avons réussi un bon départ, qui nous place à côté de l’autre double français au premier 500m, une grosse pointe devant les autres bateaux. Les sensations sont bonnes, la coque glisse bien.  Comme nous sommes des rameurs puissants, il nous faut faire attention sur les phases de départ à ne pas ramer « contre le bateau » en le heurtant mais à bien lancer la coque à chaque coup à l’horizontal : tous les mouvements verticaux l’enfoncent dans l’eau et sont un frein.  Nous avons encore des progès à faire sur ce secteur pour partir plus nettement devant les autres.

Nous entamons le 1000m du milieu en plaçant une grosse série qui nous détache des français et des anglais. C’est cette partie de la course que nous maîtrisons le mieux, et où le gros bloc de travail de cet hiver nous aide à creuser l’écart. Je me suis régalé, profitant de la glisse et de l’instant. Il ne nous est jamais arrivé en quatre de couple d’être devant à ce moment d’une finale, où la domination des polonais était incontestable. Les anglais, forts de leur expérience, réagissent et commencent à attaquer après le 1250m, où nous commençons à payer les efforts du début de course. Nous rentrons dans le dernier 500m au coude à coude avec les anglais et les croates qui entament une belle remontée.

La victoire s’est jouée au sprint avec ces deux bateaux, les autres croates, les américains et l’autre bateau français étant distancés. Nous n’arrivons pas à réagir ensemble et les anglais qui  se connaissent bien en profitent pour passer devant. Nous arrivons à relancer la coque sur les 10 derniers coups mais échouons à 6 malheureux centièmes (soit 30cm) des médaillés de bronze des derniers JO. Rageant ! Une ligne de plus à la liste des contentieux avec nos amis rosbeef.

Malgré cette déception de ne pas commencer sur une victoire symbolique, quelques points positifs : les anglais sont réguliers au top niveau et être si près d’eux tôt dans la saison montre que l’on est sur la bonne voie. Ensuite, nous assurons notre place en double en équipe de France en battant Adrien et JB, également un bateau de référence sur la plan international. Enfin, le plaisir pris ce WE nous conforte dans notre choix de ramer ensemble, prouve que l’on avance aussi en double et met en avant les qualités de Christine, notre entraineur.

Vous pouvez voir la vidéo des courses sur Universal Sports, choisissez l’icône avec le petit rameur sous « Schedule » puis en choisissant la séquence « Row : FISA World Cup – Day 3″. La course du double commence à la 57ème minute. C’est mal fait pour y accéder mais la vidéo est de bonne qualité.

Prochaines échéances : les Championnats de France Bateaux Longs en quatre de couple avec mon club de l’Aviron Toulousain à Aiguebelette le WE prochain, et les Jeux Méditeranéens en Italie du 27 au 29 Juin.

Médaillé olympique

podium JO

Ça fait quatre ans qu’on attendait cette finale. Notre programme d’entrainement fait que physiquement on sait qu’on sera au top. Je me sentais fort comme jamais. Mentalement, c’est une autre histoire. Les trois jours avant, le ventre est noué, on ne pense qu’à ça. Le rôle de Christine Gossé, notre entraineur, est de canaliser cette tension jusqu’au départ de la course. Après notre série éliminatoire, un peu ratée, nous aurions pu douter, exploser et couler. La veille, nous avons regardé les finales de l’autre groupe, ça nous a mis dans l’ambiance. Le matin on s’est dit « c’est aujourd’hui  et on y va ».

Nous avons fait une belle course, la plus construite des 4 dernières années. Au départ, nous sommes concentrés et déterminés. La coque sort bien de l’eau, j’ai trois gros moteurs derrière qui poussent très fort, on est dans le coup, on continue. On fait un gros train, chaque coup est puissant, on place des séries pour relancer la vitesse et essayer de coller aux polonais et aux italiens. A l’entrée des tribunes, au dernier 500, un petit coup de tête à gauche : on est 4, à la bagarre avec les australiens. On relance comme des bêtes, on est à fond, celui qui craque a perdu. Un regard à gauche en passant la ligne. Les polonais sont premiers, les italiens devant nous, et les australiens à notre hauteur. On ne connait pas notre résultat. «Pas quatre, pas quatre !» Puis, en même temps, les australiens se prennent la tête et « FRA » s’affiche sur le panneau. OOOUUUAISSSS ! Avec PJ, on se lève dans le bateau et on fait les idiots. Ça a l’air de rien mais avec la fatigue, on  ne tient pas debout et les autres ont lâché les rames. On ne passe pas loin de se mettre à l’eau. Plus rien n’a d’importance, on est médaillés. La sensation d’accomplissement est énorme, nous avons réussi !

En étant vice-champions du monde 2007, nous étions attendus, mais les JO ce n’est pas une remise de récompense au mérite. Nous avons mis toutes les chances de notre côté, nous nous sommes entrainés comme des fous ces deux dernières années, nous n’avons pas compté les sacrifices et nous avons gagné notre pari. Mais entre nous et les quatrièmes l’écart à l’arrivée est infime, sauf que nous sommes traités comme des vainqueurs et eux comme des perdants. Le sport est injuste, et les médias encore plus. C’est ça qui est dur quand on n’a pas de médailles.

Le soir et le lendemain de la finale, nous avons été beaucoup sollicité, nous n’avons pas eu le temps de nous retrouver tous les cinq avec l’entraineur pour savourer, nous ne réalisions pas vraiment. De retour au village olympique, nous redevenons des athlètes comme les autres, il y a une certaine pudeur, personne n’exhibe ses médailles. Par contre, ça sent les vacances…. L’ambiance est plus détendue, les gens prennent le temps de discuter, de raconter ce qu’ils ont vu. Niveau touristique, que du classique pour moi : la grande muraille, la cité interdite, le palais d’été, le marché de la soie et les hùtongs, les quartiers traditionnels chinois. J’essaye d’aller voir les autres français pour leurs épreuves mais c’est dur de trouver des places. J’ai fait le hand masculin et féminin, le plongeon à 10m, une soirée au stade d’athlétisme, et le pentathlon moderne. Le soir c’est « Pékin by night »….

Publié dans Aviron 2009. Mots-clefs : , , , , , . 1 commentaire »